Croc’Moustique • Octobre | 2025

Texte de Dominique de Rivaz
Illustré par Lucie Fiore
Les Éditions du Bois Carré

Papa Maman
J’ai peur
Un moustique
Adieu Papa adieu Maman
Adieu Doudou
Je m’en vais
Il y a un moustique
Dans ma chambre

Dominique de Rivaz (texte), Lucie Fiore (illustrations) ainsi que Les Éditions du Bois Carré, ont le très grand plaisir de vous informer de la parution de Croc’Moustique, un album jeunesse qui mêle poésie, suspense et beauté naturaliste, et qui est pensé pour être lu à haute voix.

Sous l’œil facétieux de la lune, une fillette s’échappe dans la nuit, son édredon sous le bras. Triton, araignée, hirondelles : qui l’aidera à retrouver son chemin ? Récit littéraire atypique, ce conte est destiné aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Il explore les angoisses nocturnes, dans une nature fantasmagorique aux allures de rêve éveillé. On y apprend, entre les lignes, de petites choses sur les moustiques. Et sur leurs gourmands prédateurs.

Croc’Moustique est né d’un événement autobiographique de mon enfance. Il évoque ma fuite dans la nuit avec mon édredon par crainte d’un moustique dans ma chambre. Mon papa, toujours un peu poète, m’attribua le surnom, qui m’est resté, de“croque-moustique”.

Dominique de Rivaz

© Lucie Fiore

Entretien entre Cathy Roggen-Crausaz (éditrice) et Dominique de Rivaz (auteure)

Qui êtes-vous ?
Pour ceux qui se souviennent des années 1978-79, et des émissions de la Télévision Suisse Romande de l’époque, je suis «dominiquederivazquiafaitlacourseautourdumonde»… Valaisanne (sédunoise), née à Zurich, ayant grandi à Berne et étudié les Lettres à l’université de Fribourg. De profession tour à tour réalisatrice, photographe et auteure.

Où vivez-vous actuellement et quelles sont vos activités ?
Ma vie se partage entre Berne et Berlin où vit Jean-Pierre, mon mari, son fils Julien et ses petits-enfants. J’ai été intronisée « Oma », je transmets des rudiments de français et les pas de danse de Savez-vous planter les choux…

Étapes marquantes de votre carrière ?
En 1978, à quelques mois de mes examens finaux à l’université, je suis sélectionnée pour participer à l’émission francophone La Course autour du Monde. Ce voyage en solitaire (non pas en voilier, comme beaucoup le croient !) autour du monde sera fondateur pour la suite de ma carrière.

Quel impact a eu la Course autour du Monde sur votre parcours ?
L’inimaginable notoriété qui s’abat sur les huit candidats sélectionnés (pour la Suisse : Gérard Crittin et moi), ainsi que sur les quatre chaînes de télévision (France, Canada, Belgique/Luxembourg et la Télévision suisse romande), après les six mois que dura l’émission, fut une première. Il faut rappeler que nous tournions avec de la pellicule et des caméras Super-8, le montage se faisait à la main : la vidéo n’existait pas encore ! À peine de retour on me proposait de travailler comme déléguée au CICR, puis comme stagiaire journaliste au magazine L’Hebdo que Jacques Pilet était en train de lancer.

La Course a-t-elle modifié votre regard sur le monde ?
Passer des bancs d’université au reportage journalistique, caméra Super-8 à la main, aborder des sujets comme l’excision des filles en Mauritanie ou interviewer le bourreau de Bangkok qui venait d’exécuter une jeune femme de mon âge, ces rencontres se greffent à jamais dans ton âme.
Le besoin de m’exprimer en image avait tracé en moi un chemin indélébile.

© Lucie Fiore

Après les métiers de l’image, réalisation de films de fiction, documentaires, essais, puis ouvrages photographiques, vous avez publié plusieurs romans. Comment s’est fait le passage vers cette forme d’écriture ?
Écrire un scénario passe par l’écriture, c’est indissociable, c’est également, par moments, un travail d’équipe. Écrire un roman est un acte solitaire. Mes romans, Douchinka (L’Aire), La Poussette (Buchet-Chastel), Rose Envy (Zoé), mon recueil de nouvelles Le monsieur qui vendait des choses inutiles (Le Cadratin) n’ont pas été écrits à la suite des films, mais entre deux projets de film. À la différence des scénarios (Mein Name ist Bach, Luftbusiness…) mes écrits sont eux basés sur des faits autobiographiques.

Peut-on dire que vos œuvres explorent l’intime, la mémoire et la poésie du quotidien ?
Oui, mon travail photographique explore la mémoire : en Allemagne Sans début ni fin, Le Chemin du Mur de Berlin, en Russie Kaliningrad, la petite Russie d’Europe ou Les Hommes de sable de Choïna (Ed. Noir sur Blanc). L’intime et la poésie ne se planifient pas, ils se révèlent en-sus.

Comment est née l’histoire de Croc’Moustique ?
Croque-Moustique est le surnom que mon papa m’avait donné parce que, petite fille, j’étais terrifiée par les moustiques. La mythologie familiale veut, qu’une nuit, je devais avoir quatre ans et mes parents étant absents, je me sois enfuie avec mon édredon parce qu’un moustique hantait ma chambre.

Dans quel contexte l’avez-vous écrite ?
Une opportunité inattendue de résidence littéraire m’avait été offerte par les Éditions du Diable Vauvert, en Camargue. Était-ce la proximité des marais, et des moustiques camarguais, voilà que l’épisode de ma fuite enfantine vient zonzonner dans mon esprit…

Pourquoi le texte est-il présenté comme un poème ?
Le texte s’est présenté de lui-même sous cette forme qui m’a étonnée et ravie. Je lui ai emboîté le pas.

© Lucie Fiore

À quel public s’adresse-t-il ?
De par les illustrations de Lucie Fiore je dirais qu’il s’adresse à des enfants, de par la richesse complexe des prédateurs, de par la rythmique du texte, également à des adultes.

Votre rencontre avec les Éditions du Bois Carré ?
Un hasard, comme la vie nous en offre… De passage à Genève, mon amie Dominique Prêtre (sœur de René Prêtre, le chirurgien des cœurs), m’entraîne à une conférence de Sylvie Bonvin, auteure de « La Ferme! Lexique imagé du monde paysan », et précisément édité par… Les Éditions du Bois Carré. À l’issue de la conférence, les publications du Bois Carré sont projetées sur un écran et, parmi celles-ci, des livres jeunesse ayant tous trait à la nature. Croc’Moustique venait de trouver sa famille.

Pourquoi avoir voulu travailler avec cette petite maison d’édition fribourgeoise, spécialisée dans la nature et le sauvage ?
Fribourg, d’abord, c’était comme un retour à la maison ; la boucle se bouclait après La Course autour du monde où, de semaine en semaine, nous sommes en 1978-79, on m’appelait « la petite étudiante de Fribourg ». Plus tard, j’ai travaillé une dizaine d’années pour le Festival d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine (aujourd’hui Festival international de films de Fribourg). Pour finalement apprendre avec grande curiosité l’existence des Éditions du Bois Carré, ce « bois carré » étant l’autre nom donné au fusain et utilisé en dessin par les artistes. Un lieu pour se sentir en liberté.

Quels souvenirs gardez-vous de votre rencontre avec la jeune illustratrice, Lucie Fiore ?
Vient le moment où, pour mener à bien un livre illustré, il faut passer la main. Par un bel après-midi, à Fribourg, Lucie Fiore et moi franchissons de concert une porte tournante : elle un cartable sous le bras, moi une appréhension au coeur. Mon moustique allait me quitter… Et puis Lucie a déplié son cartable magique.

Vous avez immédiatement flashé sur l’univers et le style de Lucie…
Les dessins de Lucie sont des gourmandises : on sourit, on s’étonne, on rit devant le trait humoristique délicieusement grossi d’un bourdon ou d’une grenouille, on s’extasie devant la finesse du trait des plantes, on s’émerveille de tant de savoir- faire… et à peine a-t-on tourné la page, qu’il nous faut y revenir.

Ce projet a-t-il une signification particulière pour vous ?
Oui. C’est un sentier encore jamais emprunté à travers un bois carré.