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Romans

 

1. JEUX

 

2. ROSE ENVY

" J'ai lu Rose Envy avec émerveillement. Quelle audace et quelle paradoxale fraîcheur ! Vous avez un talent extraordinaire. "

Amélie Nothomb

Paris, le 9/9/2013

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Par amour pour son mari défunt, Artémisia choisit de boire ses cendres pour qu’il vive éternellement en elle. Cette histoire d’une reine grecque du IVe siècle avant Jésus-Christ bouleverse Smoothie, l’héroïne au prénom d’amoureuse de ce récit. Smoothie se ronge depuis toujours l’intérieur de la bouche, par ennui, par gourmandise ou par angoisse. À la mort de Pierrot, son grand amour, quitte à faire fi de toute décence, elle envisage à son tour de devenir tombeau en consommant ses cendres.

Ce texte, dont l’écriture est comme un seul grand souffle pressé, honteux et effronté, coule comme de la lave.

DOMINIQUE DE RIVAZ est cinéaste et auteur : Mein Name ist Bach (Prix du Cinéma suisse, 2004), Luftbusiness (2008). Douchinka (L’Aire, 2008) son premier roman, obtient le Prix Schiller Découverte, La Poussette (Buchet-Chastel, 2011) est sélectionné pour le Prix Rive Gauche. Dominique de Rivaz vit et travaille entre Berne et Berlin.

 

 

3. LA POUSSETTE


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Argumentaire

« J’aurais aimé expliquer à mon mari ce qui s’était passé, mais j’aurais dû lui expliquer les roues de la poussette et ça c’était la chose au monde que je pouvais plus jamais raconter à personne. »

Une très jeune femme raconte son histoire. Avec une saine autodérision, elle essaie d’oublier (mais n’y parvient pas) l’épisode traumatique qui l’a pour toujours figée dans l’adolescence. Comment vivre après cela ? Même la compagnie de Newborn, arrivé par la Poste, adorable poupon nouveau-né, taille 36, ne pourra changer la donne…

Construit autour et à cause d’une blessure que notre société préfère taire - la stérilité -, La Poussette ne cultive ni pathos ni apitoiement. Bien au contraire ! La voix singulière de la narratrice donne à ce court roman un ton à la fois naïf et cruel, tendre et inconfortable.

Cinéaste, auteur de scénarii, photographe (Le Chemin du mur de Berlin, Noir sur Blanc, 2009), et romancière (La Tache, L’Age d’Homme, 2002 ; Douchinka, éditions de l’Aire, Prix Schiller Découverte, 2008), Dominique de Rivaz vit et travaille à Berne et à Berlin.

- Nombre de pages : 112 pages
- Prix : 11€
- Date de parution : 3 mars 2011


Attachée de presse Suisse
: Fanny Mossière
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Attachée de presse Paris: Claire de Soras
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Attachée de presse province: Bénédicte dasilva
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BUCHET/CHASTEL

Littérature Étrangère


Extrait

Tout ça ne serait pas arrivé si au cours de puériculture de l’école, quatre semaines avant le brevet, la poussette ne s’était pas renversée. Ça s’est passé comme ça : la maîtresse de puériculture nous apprenait les gestes à faire avec les bébés sur son propre bébé à elle qu’elle emmenait de la maison. On voulait toutes le changer, le tripatouiller, le retourner. Pendant une pause, elle a été d’accord pour que j’aille avec la poussette et le bébé faire le tour du collège. Les autres filles, elles, préféraient aller fumer en cachette. Donc j’ai fait le tour du collège, ça longeait les remparts et les peupliers, et j’ai remonté la pente en poussant la poussette.

La cloche de la fin de la récréation sonnait, la classe devait rigoler et se demander où j’étais passée, alors je me suis dépêchée. Pile devant la porte de l’annexe, là où sont les vestiaires, ils étaient déjà vides, les roues avant de la poussette se sont prises d’un coup dans la grille qui sert à écouler la pluie. Ça a été un freinage tellement brutal que la suspension avant a lâché, l’avant avec le petit duvet est parti vers l’arrière, le bébé (il s’appelait Luca) a fait un demi-salto en l’air, il n’a même pas crié, il devait être un peu étonné, et il est tombé la nuque la première sur le béton devant la grille.

Ça m’est arrivé à moi, ça aurait pu arriver à la maîtresse de puériculture elle-même quand elle serait partie après le cours en se dépêchant de rentrer chez elle, ou la prochaine fois qu’elle serait venue à l’école et dans ce cas on n’aurait pas eu cours. Ou alors avec le poupon de caoutchouc qui pèse aussi deux kilos cinq pour faire vrai.

Il faut dire à ma décharge que c’était une poussette qui avait dû servir à plusieurs bébés, une poussette à l’ancienne, haute sur pattes, un peu usée mais encore assez élégante, je crois même qu’elle s’appelait Gloria. Si elle s’était appelée Citysport Cocoon, Loola Up Full, ou Baby Safe Sleeper, avec quatre roues tout-terrain comme elles sont aujourd’hui, tout ça ne serait pas arrivé.

Depuis, je suis devenue une experte en landaus. Je les regarde tous dans la rue, quand ils sont parqués ou quand ils se déplacent. Je peux immédiatement vous dire la marque, le prix neuf ou d’occasion, les avantages et les inconvénients de tel ou tel modèle.

J’avais quatorze ans et demi quand c’est arrivé. Pile à partir du lendemain, je n’ai plus réussi à me concentrer pendant les leçons. Je ne pouvais plus écrire un seul mot des devoirs, chaque jour c’était pire. J’ai quitté l’école. Mais comme assistante horticultrice ça allait.

 

 

4. DOUCHINKA


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Résumé

Un conte au futur proche, doux-amer, dédié à ces corps plastinés, des gigantesques expositions Art Anatomique. Un requiem pour ces hommes, ces femmes, ces fœtus à jamais muets, exhibés sans pudeur aux attouchements et aux regards de millions de visiteurs du monde entier.

En des temps incertains d‘après le Grand Dégel, l’Empire a sombré dans le chaos. Le Grand Embaumeur, inventeur de la plastination des corps, a engendré à sa mort une meute de disciples avides et sans scrupules. Dans un laboratoire de la Capitale, germe un projet d‘exposition mégalomane et criminelle. Aux quatre coins de l’Empire, Rada et Alexeï, Vassili et Zoïa, ne se connaissent pas. Mais ils ont en commun leur volonté de survie, leur humour et leur grand cœur. Lorsqu‘un matin d‘hiver dans une rue boueuse de la Capitale, une vieille en colère crache contre la porte d‘un autobus, elle englue dans sa toile leurs quatre destinées.


Extrait

Lorsque Rada fut certaine qu’elle ne croiserait plus ni la vieille, ni le jeune homme blond, elle quitta la Ville. Dans le sac à dos rapiécé qu’elle tenait de son père qui le tenait de son grand-père et qui avait fait la guerre, elle mit un pain noir et compact, des boîtes de hareng, un chandail rapiécé. Entre un reste de saucisson et des allumettes, elle cala sa vie d’avant. Le train de banlieue aux banquettes lacérées quitta la ville, traversa des gares sans nom. Les fenêtres du wagon fermaient mal : sur des lambeaux de rideaux, le bleu mille fois lessivé de ce que furent des coupoles d’églises, pinçait le cœur de Rada.

Elle descendit dans une bourgade dont les indicateurs, à la petite gare, avaient été arrachés. Elle traversa une place où trois églises se faisaient face. Les murs perdaient leur plâtre par plaques, les bulbes qui avaient été redorés à l’époque euphorique du Grand Dégel, étaient à nouveau rongés par l’acidité constante de l’air. Depuis longtemps, les églises ne servaient plus de lieu de liturgie. Dans tout l’Empire, des sans-abri en avaient pris possession, qui ripaillaient autour des autels, laissaient béantes les portes des iconostases et dormaient, comme dans un Moyen Âge retrouvé, sur des paillasses, dans la vermine, entre les piliers. Des vagabonds mystiques, hirsutes, en haillons, ou même entièrement nus, étaient réapparus. Comme des insectes qui auraient flairé l’heure propice, ils avaient éclos un peu partout. Ils sillonnaient l’immense territoire et n’ayant plus rien à perdre, ils étaient les seuls à oser vomir la vérité sur les places des villes et des villages, sur les places même de la Capitale. Lorsque la milice en attrapait un, elle l’écrasait sous ses bottes. Mais pour un fou de Dieu d’exterminé, il en éclosait immédiatement deux, ailleurs, quelque part dans le pays.

Rada suivit une route défoncée dans une campagne sans relief. Le soir tombait. Dans un champ de terre noire elle crut voir, à perte de vue, une multitude de choux montés en graine. Elle fit trois pas dans la glaise pour se servir. Les choux, à cet instant, s’envolèrent, nuée de hérons dont Rada venait de troubler le repos migrateur. Elle fut distraite un instant de sa peine de voir voler des choux. Elle arriva à la datcha vers la nuit. Trois vieillardes survivaient dans le village abandonné. Trois recluses qui ne se parlaient pas, qui ne se parlaient plus. Rada elle, parlait à chacune d’elle et chacune lui parlait. Elle leur portait de la Ville des petites choses rares : un morceau de calbassa, une banane trop mûre, un médicament périmé qui valait toujours mieux que rien.

Dans sa cabane sans carreaux, au bord du large fleuve, Rada pouvait réfléchir. Le trou dans le plancher, jouet préféré des courants d’air, était depuis toujours son puits à conseils. La première chose que fit Rada, fut de se déshabiller sur la berge du large fleuve. Elle entra nue dans l’eau froide. Le fleuve coulait en silence.

Un bateau de touristes passa au fil du courant. Des mains s’agitèrent. Rada, ses petits seins nus et transis, ses cheveux blancs de mousse de savon, les regarda s'éloigner. Elle resta longtemps dans l’eau jusqu’aux épaules. Elle regardait couler l’eau terreuse. Elle revoyait ces hommes et ces femmes, plus misérables qu’elle, ces ventre-creux qui vendaient leur âme pour une gorgée d’ alcool, fut-ce de l’Eau de Cologne, ces affamés qui pour un os à soupe vendaient leur âme au plus offrant. Pour peu qu’ils soient futés, ils réussissaient même à la vendre plusieurs fois, tant les officines avaient proliféré dans la Ville. Pour ces âmes-là, Rada ne s’en faisait pas trop. Elle connaissait la saine roublardise de ces gens nés comme les chats, dotés non pas d'une, mais de sept, dix, vingt âmes de rechange, de quoi tenir bon une vie de mille-pattes rampant. Ces âmes-là étaient cotées au plus bas. Mais les traqueurs d’âmes les collectionnaient comme ils collectionnaient les miles des compagnies aériennes.

Car une superstition chic et très en vogue voulait qu'un surplus d’âmes racheta quiconque en ressentait le besoin des péchés commis au jour le jour. Chaque politicien, chaque homme d'affaires, le moindre mafieux de quartier avait ainsi son chasseur d’âmes attitré. Et tous ces chasseurs, courant les salles de vente, se livraient entre eux une guerre sans merci. Surtout lorsque l’âme d’une fillette vierge était mise à la criée.

Au bord du large fleuve, les journées passèrent. Les baies dans la forêt se firent rares. Des champignons, particulièrement dodus depuis que les centrales nucléaires étaient à l’abandon, couvrirent les sous-bois.

Rada, ma joyeuse, s’inquiéta un jour l’une des paysannes édentée, propriétaire d’une squelettique vache, t’en vas-tu passer l’hiver avec nous ? La nuit, Rada restait les yeux ouverts. Elle se repassait comme un film délicieux les images d’une nuque penchée et de son duvet blond, elle sentait le verre tiède d’une vitrine sous sa paume, la pression des lèvres d’un jeune garçon, elle respirait l’odeur enfumée de sa peau. Pour ne plus y penser elle frotta au vinaigre l’unique carreau de sa fenêtre.

© Editions de l’Aire 2008

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